Unité nationale: la marche à reculons

Jeudi, Mai 24th, 2007

Etienne Kapto
L'unité nationale a fait de grands pas au Cameroun et depuis 1996, elle semble reculer.

Au temps colonial, des Nationalistes ont rêvé de faire l'unité des populations du Cameroun. Ils ont payé de leurs vies, mais le processus était en marche. Amadou Ahidjo partit de l'Union de la Bénoué, son département d'origine pour créer l'Union Camerounaise. Il réussit le pari d'unir les Camerounais Francophones et Anglophones dans une République Fédérale et de réunir les partis politiques consentants des deux états dans l'Union Nationale Camerounaise. Le 20 mai1972 dont chaque Camerounais est fier, marque l'expression libre de tous les Camerounais à vivre dans un état uni et unique, la République Unie du Cameroun. Le Cameroun avait alors atteint l'unité des peuples. Il réalisa l'unité des
coeurs à travers l'intégration nationale. Ahidjo lui-même disait que le Camerounais est partout chez lui au Cameroun.

On ne connaissait pas d'halogènes et d'autochtones. Il n'y avait que des Camerounais, fiers de l'être, partageant les mêmes joies et peines. Paul Biya transforma l'Union Nationale Camerounaise en Rassemblement Démocratique du
Peuple Camerounais dont "Unité" est le premier mot de la devise. Il paracheva l'unité nationale, faisant passer le pays de la République Unie du Cameroun qui avait qui un arrière goût de division à la République du Cameroun, une et indivisible. Les témoins visibles de cette unité parachevée sont: une seule étoile dorée au milieu de notre drapeau, le Palais de l'Unité et surtout la disparition de l'origine ethnique dans les actes de l'état civil.

La catastrophe est arrivée avec la Constitution de 1996 qui réalise une partition des Camerounais entre autochtones et halogènes, minorités à protéger contre une majorité imaginaire. Un des signes de cette dérive est que chacun doit rentrer dans sa province, son département et son village d'origine comme au temps de l'Empereur Auguste César, pour battre la
campagne électorale.

La réalité du Cameroun aujourd'hui, c'est qu'il existe une onzième province sans territoire, peuplée de Camerounais qui ne sont d'aucune des dix reconnues. Ils sont nés hors de celles de leurs parents qui ont quitté leur terroir depuis des générations pour certains, pour de multiples raisons. Ils sont autochtones de nulle part, halogènes chez leurs parents où ils n'ont aucun liens et dans leurs lieux de naissance. Peut-on être citoyens du même pays et être autochtone ici, halogène là-bas? Si nous citoyens du même pays, que la Constitution de 1996 souffre que nous soyions unis et qu'elle soit modifiée sinon, nous serons comme les batteurs de mil qui se cachent mutuellement les poils de leurs aisselles et notre mil, le Cameroun, ne sera pas propre.