La détention
Je m'appelle Nana Samuel dit Webo Noumi, notable Bangoua. J'ai décidé de raconter mon histoire parce que j'ai été injustement accusé de propager l'épilepsie au moyen des plantes mystiques et cela peut arriver à tout le monde. Sans l'intervention de Sa Majesté Djampou, Roi de Bangoua, qui a saisi les autorités, je ne serais plus en vie, mes frères et voisins m'ayant éliminé. J'ai connu la détention, le rejet et l'exil. On m'a présenté à la Télé comme un sorcier. Sans le Procureur de Bangangté, je serais encore en détention. Au tribunal, j'ai été relaxé pour faits non établis. Mais il faut que ceux qui ont suivi ce qu'on a dit sur moi sachent ce qui s'est réellement passé. Je m'excuse auprès de ceux que je vais citer. C'est dans le souci de faire éclater la vérité. Mon histoire comportera plusieurs parties: l'origine des accusations, la détention, la descente sur le terrain, le tribunal, l'exil, les pressions sur mon épouse, l'action de ma famille.
De retour de la chefferie, je suis allé chez mon ami Jean Ngassa pour demander pourquoi il n'était pas à la chefferie et lui dire comment les choses s'y sont passées. Pendant ce temps, un Commandant de la gendarmerie de Bangangté était chez moi (19H35), et croyait que j'avais fui. Mon épouse m'a fait appeler par téléphone et quand je suis arrivé, il était parti en demandant que je le retrouve à Bangangté pour ma sécurité. Certains m'ont demandé de ne pas y aller la nuit. J'ai dit que je vais y aller. Je m'y suis rendu. A 21H, j'étais à la Brigade territoriale qui m'a orienté vers la Compagnie. Là, on m'a
demandé de revenir demain car ils ne recevaient plus. A 22 H, j'étais de retour à Bangoua.
Le lendemain à 8H10, j'étais à Bangangté. Le commandant était en communication avec quelqu'un à qui il disait «qu'il
était arrivé chez lui et sa femme l'avait caché». Je lui ai dit : « S'il s'agit de Samuel Nana de Bangoua, me voici ». Il a dit à son correspondant: «Il vient d'arriver». Il m'a dit qu'il ne pouvait pas m'entendre parce qu'il avait une réunion. Il m'a conduit à la brigade territoriale et m'a confié au commandant qui allait à Bangoua pour le même problème. Ce dernier est parti et est revenu vers 16H et m'a demandé si c'était moi le féticheur de Bangoua. Il m'a informé que si j'étais à Bangoua, on allait me tuer. Il m'a mis en garde à vue. Cinq jours après, je suis conduit à Bangoua où la tension était vive, sous très forte escorte de gendarmes. Le Sous-préfet était de la partie aussi. A l'entrée de l'Ecole principale, il y avait une concentration de population. Nous sommes allés directement à la chefferie et avons été reçus par Sa Majesté Djampou. Il
m'a reproché de ne pas vouloir dénoncer mes complices. J'ai dit que je n'en savais rien et que si c'est quelqu'un qui l'a informé, il doit dire qui est avec moi.
Je suis encore resté détenu pendant neuf jours après la descente sur le terrain à Bangoua. Le 8e jour, on m'a présenté au parquet, mais le procureur n'était pas là. Il est venu lui-même à la Brigade le 9e et a demandé depuis quand j'étais là. Quand je lui ai dit, il a piqué une colère et a demandé qu'on m'amène au tribunal. On m'a fait signer que c'est moi qui suis venu me réfugier là-bas.
(A suivre)
