La Banane et L'eau
La banane qui va mûrir, même jetée dans l’eau, va mûrir, dit-t-on. L’eau peut retarder la maturation, mais ne l’annulera en aucun cas. C’est dire que ce qui va arriver arrivera tôt ou tard, même si l’humain souhaite que ce soit tôt pour ce qu’il désire, tard pour ce qu’il ne désire pas. Ainsi va la vie. Mon père, croyant que la malédiction avait une conséquence néfaste sur l’homme et que la bénédiction était bénéfique, disait:”quand la malédiction est sur ta tête, même ta mère prépare la nourriture et ne te donne pas.” Et si ta propre mère te refuse la nourriture, qui pourra encore t’en donner? Papa Tambou, fervent croyant en Dieu, dit: “Avec Dieu, tout. Sans Dieu, rien.”
Mon père, sachant que si la malédiction est sur sa tête même sa mère lui refusera la nourriture, c’est-à-dire que rien ne lui réussira, faisait tout pour éviter la malédiction et rechercher la bénédiction. Il se donnait les moyens d’être béni plutôt que d’être maudit et il nous a bénis en mettant le “tshetsha” sur notre poitrine.
Papa Tambou, sachant que son Dieu donne tout, préfère se mettre avec lui et attendre tout de lui. A-t-il oublié qu’on dit : “Aide-toi et le Ciel t’aidera” et que Dieu lui-même nous a demandé de dominer tout ce qui est sur et sous la terre?
La banane ivoirienne, Alassane Dramane Ouattara, a été jetée dans l’eau pour ne pas mûrir, c’est-à-dire devenir président de la République, mais, il a toujours fini par mûrir!
Bien qu’il soit descendant de l’empereur Sékou Ouattara, bien qu’il soit né à coté de Yamoussoukro, bien qu’il ait reçu une solide formation d’économiste, bien qu’il soit le premier Africain à être Directeur général adjoint du Fonds Monétaire International, bien qu’il ait fait ses preuves comme Premier Ministre de son pays, le développement du concept d’ivoirité a été l’eau, la solution miracle conçue dans les laboratoires sophistiqués de la tribalité, dans laquelle on l’a jeté pour qu’il ne mûrisse pas. Cela l’a écarté des élections présidentielles de 1995 et 2000. Six reports de l’élection présidentielle ont été l’autre eau dans laquelle on a jeté la banane Ouattara et qui n’a pas arrêté sa maturation. Les mercenaires, les miliciens, les armes lourdes, se sont déversés sur lui, en vain. La banane a fini par mûrir! C’est même comme si, plus vite on la jette dans l’eau, plus vite elle mûrit!
Le Camerounais a cru que même si on jette sa banane, le football, dans l’eau, elle mûrira et le Cameroun sera toujours le meilleur. Il a choisi son eau; le désordre, l’impréparation, l’improvisation, l’amour de l’argent, les détournements des fonds qui auraient pu permettre le développement de sa banane. Au lieu de mûrir, sa banane est en train de pourrir et le Cameroun en passe de ne plus être le meilleur. Le pourrissement du football a même poussé les mangeurs de bananes à la révolte.
Si la banane qui va mûrir, mûrit même dans l’eau, elle mûrit en son temps!
